Cher Journal,

hier, j'avais des frites accrochées à mon legging. Au niveau de la fesse. Ça a bien fait rire mon fils qui s'est empressé de prendre une photo pour me montrer. Je sais pas trop où je m'étais assise sur des frites... Mais bon, c'était peut-être pas mon moment le plus élégant. De toute façon, accoucher n'est pas ton souvenir le plus coquet, et une fois que c'est fait, je te dirais que beaucoup de choses foutent le camp à partir de là.

Au moins, c'était des frites Bistro. Quand même surgelées qui viennent dans un sac, mais ça me gardait un minimum de classe, c'était des frites fines. Pas des grosses et larges, tsé qui se seraient vraiment écrapouties et transformées en purée en m'asseyant dessus. D'ailleurs si ça se trouve, je les avais juste accrochées, vu qu'elles semblaient pendre intactes, prises par une très fine maille du tissu de mon collant. On est un peu tous ces frites en ce moment. Suspendus.

Je suis, comme je t'avais dit, allée faire mes courses au dépanneur. C'est feune ! Les bananes étaient bien là, à leurs places, accrochées après un petit support. Les fruits de dépanneur sont d'une classe à part. Ils sont un peu la plus belle pute dans un bordel. Celle qui est arrivée là et on ne comprend pas trop pourquoi. Y a une nouvelle de Nicolas Gogol qui raconte ça. Je l'ai relue cet été, dans un chalet SEPAQ. C'est l'histoire d'un homme qui ne peut pas se résoudre à accepter que la femme sublime qu'il a suivie dans la rue l'avait mené jusque dans un bordel. Alors il devient fou et meurt. Très russe.

Quand les hommes nous insultent, ils utilisent souvent ce mot "pute". Maintenant on dit travailleuse du sexe. Ce qui est drôle, c'est que lorsqu'ils le disent, comme on me le dit parfois (pas dans un contexte où j'ai demandé, c'est pas ça que je te raconte), quand on m'écrit pour m'insulter, généralement parce que j'ai dit que Maxime Bernier est un âne (Google pas, on s'en fout), ou parce que j'ai dit comme 90% de la population que ça serait peut-être une bonne idée de se faire vacciner pendant une pandémie, c'est que le monsieur qui dit ça est sûr que je vais le prendre très personnel. Alors, que notre sexualité n'est pas une insulte. Et si on veut faire de l'argent avec, on peut, même.

Je dis pas que j'aime la violence de ces propos, je dis juste que le gars qui m'insulte a l'air encore plus con. C'est un peu comme dire d'une femme qu'elle est mal baisée. Ben, peut-être envoie ta lettre à celui ou celle qui la baise?

Je suis bien loin des bananes, tout d'un coup. Demain, je te raconterai peut-être comment, figure-toi que clopin-clopant, aujourd'hui, dimanche, j'ai trouvé une sorte d'épicerie de quartier et je suis pas sûre qu'elle avait le droit d'être ouverte. Alors, si ça se trouve, j'ai acheté du granola, un pot de yogourt et DOUZE oeufs, de manière complètement clandestine.

Mais que fait cette pandémie à nos moeurs?