Je m’étais dit que je ne voulais me mettre aucune pression de temps pour mon #100headschallenge. Mais la vérité, c’est que j’y arrive pas complètement. Le but de mon projet, c’est d’explorer et de m’améliorer comme artiste. Donc une totale liberté est de mise. Mais.

Mais j’avais quand même en tête de sortir au moins un portrait par semaine. Ça me semblait une bonne cadence, raisonnable. Sauf que c’est sans compter sur toute la complexité du contexte.

Je n’ai encore jamais créé de façon systématique et organisée sur une longue période. J’ai, comme la plupart des artistes, des périodes de panne d’inspiration, dont la durée peut grandement varier selon… selon quoi exactement? Les raisons exactes m’échappent encore, mais quand la créativité et l’inspiration ne sont pas là, ça ne sert à rien de forcer, rien de bon ne va en sortir.

Et je suis en apprentissage, et comme tout artiste en apprentissage, ou même comme tout artiste tout court, bien des fois je crée de la scrap. Pas tout n’est digne d’intérêt dans ce que je crée. Donc ça allonge le délai entre les œuvres que je décide d’inclure dans mon projet. Puis bon, les enfants, les obligations familiales, la pandémie, etc.

D’un côté, ma démarche artistique en est aussi une de réclamation de mon temps et de ralentissement de mon rythme de vie. Je VEUX ce ralentissement, la plus belle résistance que je peux offrir à notre monde à la cadence trop rapide à mon goût. Mais j’ai été bien drillée! J’ai envie de créer à profusion, et rapidement! Quelle ironie…

Mais surtout, il y a la question de l’argent. J’ai quitté le monde de l’emploi il y a plus d’un an pour me consacrer à mon projet, et dans mon entourage, on pose, sinon un jugement, du moins des questions : Comment tu fais pour payer tes factures? Est-ce que ça te rapporte ben de l’argent tes dessins? Et à juste titre, parce que mon travail d’artiste ne me permet pas en ce moment d’être autonome financièrement.

Si j’ai le privilège de pouvoir continuer à développer mon projet, c’est pour trois raisons : j’avais un peu d’argent de côté, je ne consomme pas beaucoup, mais surtout, j’ai un chum qui fait un bon salaire et qui a vu à quel point ma vie d’avant me tuait à petit feu et a décidé de m’appuyer dans mon projet, aussi risqué qu’il pouvait paraître.

J’ai la chance immense d’avoir le soutien de mon entourage, et le soutien financier essentiel à mes projets en ce moment. Mais je trouve ça vraiment dur d’avoir dû faire une croix sur mon autonomie financière et me mettre dans une position de dépendance qui va à l’encontre de mes convictions féministes et de mes aspirations personnelles.

C’est très challengeant pour moi : chaque œuvre « ratée », chaque panne d’inspiration, chaque besoin de ressourcement semble m’éloigner de mon autonomie financière, alors que ma créativité n’est possible que dans ces conditions.

Je sais que mes projets peuvent être payants à long terme. Je le sais. Sauf que sur le chemin, je ressens cette pression, celle de faire de l’argent, qui me pousse à essayer d’aller plus vite que ce que je peux offrir. Et plus je veux aller vite, plus mon corps et ma créativité me font ralentir. J’en suis à ce défi-là : accepter l’inconfort de ma situation actuelle, mais ne pas le laisser s’immiscer dans mon processus créatif et le tuer.

P.S. Je n'écris pas ce texte dans le but d'obtenir plus de soutien financier (quoique si vous avez vraiment envie de m'acheter des cafés, allez-y!), mais c'est un processus thérapeutique pour m'aider à me déculpabiliser de ma lenteur et à me donner le droit de la vivre pleinement.